RadioNéo : Le Numérique Responsable

29.06.2021
Pour ce deuxième rendez-vous radio de l'année, nous avons traité d'un sujet qui nous concerne particulièrement chez Néo-Soft : Le Numérique Responsable. Pour échanger autour de cette thématique, nous avons reçu des invités de marque. Retour sur leurs différentes interventions.
Groupe

À 12h15 précise, notre animateur David RIVAL a donné le coup d'envoi de cette nouvelle émission de RadioNéo autour du Numérique Responsable. Ensemble, nous sommes revenus sur l'évolution de la notion, les impacts du secteur, les enjeux individuels, collectifs, et avons évoqué les différents outils pour sensibiliser notre écosystème. 

De « Green IT » à « Numérique Responsable »

Le terme de Numérique Responsable s’est démocratisé assez récemment. Auparavant, le sujet était cloisonné uniquement au Green IT, notamment sur la partie gestion du matériel ou éco-conception. Mais depuis quelques années, les exigences sociales et environnementales entrent en jeu. On parle alors de Numérique Responsable en y adossant des notions de sobriété, d’inclusion et de simplicité. Le Numérique Responsable repose désormais sur 3 piliers du Développement Durable (les 3 P) : Social (People), Environnement (Planet) et Économie (Profit).

Entre environnement, équité sociale et efficacité économique

L'Institut du Numérique Responsable (INR) a défini le Numérique Responsable de la façon suivante : démarche visant à réduire l'empreinte écologique et sociale des technologies de l'information et de la communication. Pour compléter cette définition, l'INR a proposé un découpage en 4 grands axes, prenant en considération l'ensemble de l'écosystème : 


- Green (for) IT : rendre le numérique plus sobre et écologique.

Par exemple, prolonger la durée de vie d'un ordinateur.


- IT for Green : réduire l'empreinte environnementale grâce au numérique et développer des activités à impacts positifs

Par exemple, pratiquer le télétravail ou développer une application de covoiturage.


- Human for IT : réduire l'empreinte économique et sociale de notre économie et de nos modes de vie grâce au numérique

Par exemple, donner son vieux smartphone ou sa tablette à une association.


- IT for Human : utiliser le numérique pour réduire l’impact social d’autres activités

Par exemple, créer des emplois dans le secteur du numérique (reconditionnement de matériel, consultation à distance...).


Ainsi, le Numérique Responsable consiste à limiter les impacts de nos usages du numérique et à renforcer le potentiel technique offert par ce dernier.

Pour approfondir le sujet, nous avons accueilli 5 intervenants experts et passionnés, qui nous ont fait part de leurs expériences personnelles et professionnelles :

Être, plus que jamais, un employeur engagé

Et c'est Olivier, qui a introduit l'émission pour nous parler du positionnement de Néo-Soft face à ces nouveaux chantiers. « Le découpage de l'INR nous a servi de base pour travailler. En tant qu'entreprise du numérique, il est essentiel que nous donnions l'exemple. Même si nous sommes engagés depuis longtemps dans cette démarche avec différentes labellisations Engagés RSE, ISO 27001, ISO 9001, nous avons accentué notre investissement il y a quelques années ». 


En effet nous avons défini et placé au cœur de notre plan stratégique à 5 ans différents objectifs :

  • Réduire notre empreinte écologique et promouvoir nos champs d'action
  • Sensibiliser notre écosystème (clients, partenaires, collaborateurs, candidats…)
  • S’impliquer dans des projets numériques au service de la société
  • Développer nos expertises d’éco-conception, etc…


« Aujourd'hui, notre mission est d'inviter les gens à nous suivre dans cette démarche. Nous devons faire preuve d'humanisme tout simplement, car être humaniste c'est être numériquement responsable ».


Vincent COURBOULAY relativise cependant « Le Numérique c'est une opportunité, une chance ! Il faut juste faire en sorte de l'utiliser de façon la plus optimale et de limiter son impact. »

Sensibiliser en entreprise, avec quels outils ?

Comment limiter son empreinte écologique et permettre à la population d'être acteur de son apprentissage ? C'est la mission que s'est donnée Héloïse DANO à travers ses différentes activités professionnelles : « Aujourd'hui, toutes les entreprises utilisent le numérique, que ce soit leur cœur de métier ou non. Les salariés de l'entreprise utilisent également le numérique, au bureau ou à la maison, donc si j'en parle en entreprise finalement je touche tout le monde, à toute échelle »


Partant de ce postulat, elle lance en 2020 Ecologeek, en parallèle de son activité d'animatrice pour la Fresque du Numérique. Ces 2 entités ont une mission commune : sensibiliser et former la population aux enjeux environnementaux du numérique.

La mission d'Ecologeek est d'accompagner les entreprises dans la mise en place d'une stratégie numérique responsable et notamment : de comprendre les enjeux environnementaux et sociaux liés au numérique, connaître les leviers d'action et mettre en œuvre le changement nécessaire pour limiter son empreinte. 


Pour adopter une démarche Numérique Responsable efficace, « il faut d'abord convaincre la Direction » nous explique Héloïse. Si les dirigeants ne sont pas convaincus, les objectifs ne pourront être atteints, c'est donc une étape cruciale. Une fois la Direction de votre côté, le travail peut commencer : 

  • Bilan / audit de votre situation (parc informatique, système d'information global, pratiques numériques, etc.)
  • Mise en place d'une stratégie numérique responsable
  • Sensibilisation et formation des collaborateurs
  • Suivi d'indicateurs de progression. 


Pour la mise en place des actions, « il est indispensable de déterminer une équipe Numérique Responsable. Cette équipe doit être transverse à toutes les entités car chacune d'entre elles va avoir sa relation particulière avec le numérique, et amorcer des actions propres à son activité. Il ne faut pas qu’elle soit la chasse gardée de la RSE ou de l'IT. L’objectif est de coordonner les actions à tous les niveaux », de manière horizontale comme verticale.



Également animatrice pour La Fresque du Numérique, Héloïse DANO ne s'arrête pas là dans sa quête de sensibilisation au numérique responsable.

Créée par Aurélien Déragne et Yvain Mouneu, La Fresque du Numérique propose un atelier pour comprendre en équipe et de manière ludique les enjeux environnementaux du numérique. « Cette activité utilise l'intelligence collective pour amener à des actions concrètes. Les protagonistes sont acteurs et moteurs de leur apprentissage ».

Cas concret : Groupe ROCHER

Et de l'intention à l'action, nous avons pu découvrir une autre approche de sensibilisation avec le cas du Groupe ROCHER, entreprise engagée ayant récemment intensifié sa démarche. Pour en comprendre le cheminement, nous avons eu la chance de recevoir Sophie KHOON YAM, Environmental & IT Responsibility Lead, arrivée en janvier 2020. Sa mission : déployer la sobriété numérique au sein du Groupe. Rien de surprenant lorsque l'on connaît la raison d'être de l'entreprise : reconnecter les hommes et les femmes à la nature.

Derrière cette raison d'être se cachent plusieurs objectifs : 

  • Promouvoir les liens entre la communauté et la nature
  • Agir en faveur de la biodiversité sur ses territoires
  • Développer l'innovation frugale
  • Changer les usages pour une consommation responsable.

Le Groupe ROCHER n'a pas attendu toute cette effervescence autour de la RSE pour commencer à s'engager sur les problématiques sociales et environnementales. Depuis plusieurs années, un programme de mobilisation a été initié au sein de l'entreprise : We R Change. « Ce programme acté sur la base du volontariat, a pour objectif de donner envie à nos collaborateurs de contribuer, à leur échelle, à notre politique RSE. Cette communauté réunit une centaine de salariés, autonomes dans leur démarche et qui ont l'opportunité de lancer des initiatives, soutenues par l'entreprise. »

Ces initiatives, plutôt locales au départ, permettent à Sophie d'initier des actions concrètes auprès de sa DSI. En collaboration avec ses équipes, elle s'attelle notamment à la (re)définition de l'ambition RSE du Groupe et de la stratégie d'onboarding pour amorcer la conduite du changement auprès des équipes. Elle lance ainsi une mesure de l'empreinte carbone afin d'identifier les sources principales d'émission de GES dans le but d'expérimenter et d'agir concrètement sur les équipements IT du Groupe.

« Aujourd'hui la notion de Numérique Responsable est évoquée à chaque comité, il y a une vraie évolution de mindset. Un budget plus conséquent est déployé afin de développer nos actions et celles de nos collaborateurs. » Et pour déployer cette sobriété numérique, Sophie et ses équipes se sont basés sur les 100 bonnes pratiques proposées dans le référentiel publié par le CIGREF. De quoi donner des idées et ouvrir le champ des possibles. 

Consulter le Référentiel

La sobriété numérique concrètement, ça donne quoi ?

En pratique, en tant que consultant informatique, comment puis-je agir au quotidien ? Chez Néo-Soft, développer des expertises d’éco-conception est une réelle volonté.

C'est également l'ambition de l'ADEME, dont fait partie l'un de nos 4 invités Baptiste HARBONNIER, chef de projet informatique. À l'ADEME « nous sommes partis d'un constat simple, il y avait beaucoup d'initiatives personnelles : choisir un hébergeur vert, faire durer ses équipements... (et oui on ne vient pas à l'ADEME par hasard, les collaborateurs sont majoritairement sensibilisés à ces sujets), mais tout cela n'était pas piloté par une stratégie commune. C'est pourquoi nous avons décidé d'introduire systématiquement les notions de sobriété numérique et d'éco-conception dans nos projets. »

La théorie et les bonnes pratiques techniques sont assez facile à trouver sur le net, mais faut-il encore réussir à les intégrer dans chacun de ses projets. Comment l'adapter à son environnement ?

« À l'ADEME, nous faisons dans un premier temps un état des lieux, qui comprend des mesures d'hygiène numérique du site. Ensuite on établit un plan d'actions avec des correctifs ou évolutions pour améliorer son empreinte écologique. L'idée est d'intégrer ces bonnes pratiques et évolutions à la feuille de route du projet, une fois que les correctifs sont appliqués, nous mesurons les impacts. Il est très difficile de déterminer en amont la portée des correctifs qui seront mis en place. La réponse dépendra toujours de l'usage que nous en ferons. » nous explique Baptiste.

Aujourd'hui il n'existe pas de checklist pour développer un site sur le principe de l'éco conception, « la seule règle est de questionner le besoin et de connaître ses objectifs » : a-t-on besoin d'un fil Twitter ? d'une vidéo HD qui se déclenche sur la home page ? d'un chatbot... 

« Le but n'est pas de dire systématiquement non à ses fonctionnalités. Sur un site à 10 millions de visiteurs par mois, le chatbot peut s'avérer intéressant, cela évitera de mobiliser 10 personnes sur leur PC répondant par email toute la journée. » C'est pourquoi l'analyse rationnelle du besoin est essentielle dans cette démarche.

En clair, il faut considérer la sobriété numérique comme un levier supplémentaire pour aller vers de bonnes pratiques de développement, au même titre que la sécurité, l'accessibilité ou la RGPD.

« Le sujet est aujourd'hui incontournable à l'ADEME, et devient de toute façon réglementaire pour les agences de l'État. Cette démarche, même si elle demande des efforts, est vertueuse. On s'y retrouve, même sur le plan personnel. »


Sarah DERANCOURT,

Cheffe de projet communication